« Comme un boomerang »

Cet atelier d’écriture « Comme un boomerang » le 9 février 2017, a été réalisé en partenariat avec la MC2 et la Cie Malka autour de la pièce « Boomerang » chorégraphié par Bouba Landrille Tchouda.
L’écriture pendant  la 1ère partie de l’atelier, avant le spectacle, a été alimentée par une vidéo et des photos sur l’univers de Bouba.
Une grille d’écriture a été proposée pendant la danse sur scène.
Tous les éléments recueillis ont nourri la dernière réécriture du texte final.
Dernier moment d’intense émotion : la lecture partagée des textes par les participants devant les danseurs et Bouba.

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J’ai sur le bout de la langue ton prénom presque effacé tordu comme un boomerang. Mon esprit l’a rejeté de ma mémoire, car la bringue débile et ton amour, m’ont épuisé.

La poisse s’installe plus vite qu’on ne le pense dans notre quotidien. La confiance, la foi au lendemain, on les a laissées s’échapper de grand matin pendant que nous récupérions de nos idiotes beuveries.

Et notre énergie-accordéon vint à voguer de la caresse aux bourrades violentes. « Si tu n’es pas un brin agressif, tu es une chiffe ! » « Le OUI m’use. Bien que le NON me positionne, les refus fustigent ! » Perpétuellement nous joutons… et dès lors, nos échecs font beaux jeux devant nos prouesses. Naissent nos errances solitaires. Nos chamailles sur le square nous font glisser en de dangereuses rixes. Les démentes bagarres tailladent notre présent. Nous embarquons inexorablement vers le désespoir. Les recoins louches nous rassemblent encore ; mais les catacombes nous guettent.  L’amour a déserté.  L’amour existait-il ?  Existe-t-il d’ailleurs ?  Ah la guerre, pour sûr, ça existe !… Lacérés, meurtris, éventrés, nos corps brisés agonisent, pourrissent dans la puanteur pour tomber enfin en poussière… La mort inertie. La mort qui ne se préoccupe pas des dormances… Et pourtant, un petit fumet s’échappe de notre cahot. Et pourtant, des larmes fécondes se collectent et toute proche, une larve chétive s’étire, cherche et rampe. Et pourtant là-bas, s’éclatent en corolle, des insectes tapageurs qui hument, recherchent et redécouvrent enfin la collision-coalition avec des congénères. Ces mois d’hiver ont régénéré quelques bourgeons sur nos vieux bras dits trépassés. Un vent vigoureux secoue notre sève coagulée. Ce printemps, tous les corps endormis comme pierre, sentiront dans la clairière, l’ultime petite flamme et  l’harmonique de  l’Eternel.  Et la danse de la vie au gré de ses fantaisies, dans l’emphase du son, renaitra avec ses rites amoureux, ses pantomimes endiablées, ses couleurs chamarrées, ses transes sacrées.

Colette Bailly

 

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Sons surréels. L’ondoiement de ton corps fait naître le monde. Tu rampes comme un poisson hors de l’eau, tu seras le centre de la scène où se déroulent les corps en mouvements qui miment la vie et la donnent aux regards. Le tempo angoissant meut ton fœtus en gestation. Tu attires et repousses tous les êtres qui t’entourent et qui s’impulsent à partir de toi. C’est la guerre qui gronde, ils donnent leurs énergies en passions métalliques. Seul contre tous au centre de la cage aux reliques, tu es victime ou meneur de bagarres millimétrées qui s’épanouissent en pétales de terre. Les corps d’habitude immobiles ou taiseux inventent un langage articulé au code inconnu et pourtant familier. Les mitraillettes se sont tu, reviendront peut-être après une paix mystique. Là, les danseurs nous appellent des yeux. Moment de grâce interloquée.

D.R.

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à Aurélien, « Biscuit »,

L’Amour comme un boomerang

Corps désarticulé corps décharné

Tu danses

Corps enfermé corps emprisonné

Tout en violence

Avec ce corps que l’on t’avait donné

Tu te balances

Quand l’orage frappe de mille feux désordonnés

Tu te réfugies en enfance

Sous la lune échevelée gémissements dans le désert esseulé

Tu rêves de délivrance

Écho dans le lointain d’un oiseau saison de lait

Tu reprends confiance

Éveil à la vie sous le soleil levant chiffonné

Tu tourbillonnes avec vaillance

De la ruche ardente jusqu’à l’infamie

Tu butines l’arc-en-ciel endormi

Cris de corps épuisés dans la nuit évanouie

Tu pleures des larmes de pluie enfouies

Et puis l’Amour comme un boomerang

A délivré ton cœur blessé Bel Ange.

Ernest B. Dauzat

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Ma parole prend corps alors que ces corps élancés s’enlacent et se délaissent sur un tempo cadencé. Chaque pas semble une recherche tâtonnante pour mes oreilles oublieuses. Pourtant, vivement les sentiments tyrans reviennent comme une flèche venimeuse. Affolement, éclatement, tiraillement, ralentissement se succèdent intensément. La musique rythme cette vision sans cesse décalée puis de nouveau apprivoisée. Chercher encore et encore. Un regard, une rencontre, une étreinte, un accord. Puis tout est remis en question à nouveau. Qui sont-ils ? Où vont-ils ? Que cherchent-ils ? Des brins de réponse à peine esquissés. Demeure à la surface de la rétine, l’esquive qui toujours provoque et dissocie.

j.V

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Pantin élastique, victime de ta jeune cruauté

Reviens me chercher !

Devant la toile orange, le combat fait rage et la rage fait combat. Tigre contre Dragon. Rire de corde. Asie, Afrique, Europe ? A la recherche de l’étoile noire ? Le jeune acrobate se hisse au-delà de lui-même pour découvrir son chemin. Par-delà le danger, souple et félin il s’élève au-dessus de la violence urbaine. Fine brindille, il prend le risque des rixes, des affrontements, des pirouettes, il devient branche ! il devient arbre ! Après la beauté éphémère, après l’étonnement, la surprise de la découverte. Il est la légèreté et l’être.

Du beau Jeu ! Tendre et solide…Virtuose !

JFS

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Dans le cercle de « l’incomplicité »,

radeau de la méduse inversé,

par le beau tu dis le laid.

Ca gratte, ça scratche.

Tu inventes un plateau de marbre,

pour une histoire du passé

au temps présent.

A la surface du monde,

je te tiens, tu me retiens.

Tu es la flèche, je suis parfois l’arc.

A la surface du monde,

ton souffle sur mon souffle

tu es l’ange, je suis souvent la bête.

A la surface du monde

je « m’électrochoc », tu me « distors »,

tu es la pierre, j’invente la rivière.

Moi le spectateur de la place U16,

tu me racontes les vivants,

un soir de février 2017,

je nais de ce rien, qui incessamment revient.

Marie Lorenzin